Salaires dans les ligues ouvertes

Dans les ligues ouvertes, il n’y a pas de conventions collectives, ni de syndicats qui protègent les intérêts des joueurs. Il revient donc aux agents des joueurs de négocier le salaire de ces derniers individuellement avec chaque club[1]. Lors des négociations, plusieurs éléments de rémunération sont discutés : le salaire fixe, les bonus à la signature, les bonus à la performance et les clauses de contingence (voir graphiques ci-contre).
Le bonus à la signature (signing bonus) est une somme élevée et fixe, qui peut être payée au joueur à n’importe quel moment de son contrat, et le plus souvent versée à la fin du contrat. Historiquement, les joueurs étaient transférés pour l’argent, car le club vendeur touchait une commission sur le transfert d’un joueur. Le joueur concerné pouvait alors demander à toucher une partie de cette commission à titre de bonus à la signature[2]. Cependant, comme cela limitait la mobilité et l’employabilité des joueurs, il a été décidé en 1995, lors de l’arrêt Bosman, que de telles pratiques étaient dorénavant interdites. Aujourd’hui, les clubs touchent une commission sur la vente du palmarès d’un joueur et non son transfert. Les bonus doivent tous être versés sous forme monétaire.
En Europe, les salaires sont souvent soumis à des clauses de contingence, qui permettent aux clubs de prévoir des ajustements du salaire fixe en cas de relégation ou de promotion du club, mais aussi des primes pour publicité en faveur du club, entre autres.
Enfin, l’incertitude quant aux résultats sportifs et donc aux revenus, a un impact sur les salaires, car les clubs ne veulent pas payer des salaires trop élevés à des joueurs de divisions inférieures. De plus les joueurs ne veulent pas forcément rester dans un club qui a été relégué, tout dépendant du salaire offert par le club[3]. Pour s’assurer de meilleures performances certains clubs n’hésitent pas à s’endetter afin de recruter les meilleurs. En effet, le lien entre masse salariale et résultats sportifs a été clairement démontré[4].


[1] Simmons, Rob, Overpaid Athletes? Comparing American and European Football, The Journal of Labor and Society, volume 10, décembre 2007, pp. 457–471
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] Ibid.

Salaires dans les ligues fermées


Les salaires des ligues fermées sont caractérisés par les bonus, le système des plafonds, des taxes sur le luxe et du système d’agents libres (free agency), comme le montre le graphique ci-dessous. Historiquement, suite à l’instauration du système d’agents libres, les salaires des joueurs ont monté en flèche, ce qui a porté préjudice à la compétitivité des clubs les moins riches, notamment aux États-Unis. C’est dans ce contexte, que les ligues et les syndicats des joueurs ont décidé de réglementer les salaires des joueurs afin d’établir une certaine équité entre les clubs[1]. Ce système, qui ne concerne que les joueurs, prévoit que, lors du recrutement et de l’embauche d’un nouveau joueur par un club, le contrat doit être approuvé par la ligue avant d’être signé[2]. En effet, les ligues vérifient la conformité des contrats quant à la convention collective, qui inclut toutes règles mentionnées précédemment.
Les plafonds des salaires sont les plus fréquents en Amérique du Nord. Ils peuvent être de deux types, c’est-à-dire souples (soft cap) lorsqu’il y a des exceptions à la règle pour permettre, principalement, d’embaucher certains joueurs connus à un salaire plus élevé, ou bien durs (hard cap) lorsqu’il n’y a pas de dérogations. Par exemple, les plafonds souples permettent de nommer des joueurs de division avec des gros salaires, sans les comptabiliser dans la masse salariale, notamment dans la NFL et la MLS. Ces plafonds peuvent également inclure des règles de plancher des salaires[3]. Au niveau des quatre ligues majeures américaines, on se rend compte que ces plafonds sont très hétérogènes[4] (voir tableau comparatif).
Dans un deuxième temps, il arrive que les salaires soient aussi règlementés par une taxe sur le luxe (luxury tax), ce qui est plus rare dans les ligues fermées[5] (voir tableau comparatif). La taxe sur le luxe impose une pénalité aux joueurs qui ne respectent pas les règles établies par la ligue. L’argent recueilli est ensuite redistribué aux clubs les moins riches de la ligue. Cette taxe a en fait pour objectif d’empêcher les clubs riches d’embaucher tous les meilleurs joueurs[6]. Cependant, il faut noter que taxe sur le luxe et répartition des richesses ne sont pas liées : les ligues majeures répartissent leurs richesses entre les franchises.
Enfin, les salaires des joueurs sont caractérisés par le système d’agents libres, dont les conditions varient beaucoup d’une ligue à l’autre (voir tableau comparatif), et qui permettent aux joueurs qui en remplissent les conditions de pouvoir sortir du système de repêchage, afin d’augmenter leurs salaires. Le système de repêchage établit les règles de sélection, de recrutement et de rémunération des nouvelles recrues, qui ont moins de quatre ans d’expérience, en général, mais cela peut différer dans certaines ligues. Par exemple, le système de repêchage prévoit que si un joueur accepte une offre d’un autre club, son club actuel peut s’aligner sur cette offre afin de le retenir. Sinon, le club actuel recevra comme compensation de pouvoir choisir un joueur parmi les nouvelles recrues, selon le niveau de qualification offert au joueur qui quitte l’équipe[7].


[1] Dietl, Helmut M., Duschl, Tobias, Lang, Markus, Executive Pay Regulation: What Regulators, Shareholders, and Managers Can Learn from Major Sports Leagues, Business and Politics, Vol. 13, nº 2, 2011
[2] Simmons, Rob, Overpaid Athletes? Comparing American and European Football, The Journal of Labor and Society, volume 10, décembre 2007, pp. 457–471
[3] Ibid,
[4] Dietl, Helmut M., Duschl, Tobias, Lang, Markus, Executive Pay Regulation: What Regulators, Shareholders, and Managers Can Learn from Major Sports Leagues, Business and Politics, Vol. 13, nº 2, 2011
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] Simmons, Rob, Overpaid Athletes? Comparing American and European Football, The Journal of Labor and Society, volume 10, décembre 2007, pp. 457–471

Pour en savoir plus sur le plafond des salaires de la NFL, NHL et NBA :



Pour en savoir plus sur les conventions collectives des quatre ligues majeures :






Comparaison des salaires

Vous trouverez dans le tableau ci-dessous la comparaison de l'établissement des salaires dans les ligues fermées et ouvertes, puis la comparaison du fonctionnement des quatre ligues majeures avec celui des clubs européens en général, pour la saison 2009-2010.
Nous tenons à vous faire remarquer que notre blogue a rencontré certaines limites. En effet, l’information financière n’est pas facilement disponible en Europe, sauf en Allemagne pour la Bundesliga, et de plus en plus en Grande-Bretagne, notamment depuis les gros scandales de faillites de clubs, tels que Leeds. Cela n’est pas été le cas des quatre ligues majeures étudiées à titre d’exemple pour les ligues fermées. De plus, une autre limite a été rencontrée : nous étudions les salaires distribués selon les performances individuelles des joueurs, alors que c'est un sport d'équipe, où la cohésion d'équipe peut avoir un impact sur la performance. Enfin, chaque sport, notamment au niveau des ligues fermées, a ses particularités uniques, ce qui limite la comparaison.

Ligues fermées
Ligues ouvertes
Salaire fixe
Dépend de l’expérience et de l’âge, selon la convention collective de chaque ligue
Négocié par l’agent du joueur à la signature du contrat
Bonus à la signature
Négocié individuellement, peut être énorme, et est versé sur la durée du contrat
Négocié par l’agent du joueur à la signature du contrat ; Omniprésent dans la pratique ; Peut être différé à fin du contrat
Bonus à la performance 
Petit bonus d’équipe et bonus selon les objectifs individuels ; jusqu’à 25% de la rémunération globale à la NFL
Bonus d’équipe principalement (bonus lors d’une victoire, d’un classement spécifique) ; représente une part importante de la rémunération ; sous forme monétaire mais aussi d’avantages en nature ; La proportion est très réduite pour les joueurs stars et élevée pour les joueurs moins connus et performants
Clauses contractuelles de contingence
NON, remplacé par la convention collective
OUI ; part importante de la rémunération ; incluent une réduction de salaire en cas de relégation, et une augmentation en cas de promotion du club ; clauses spécifiques en cas de sélection nationale ou pour la publicité du club
Location de joueurs
NON
OUI
Coût des transferts/échanges
Système de repêchage géré par les ligues et système d’agents libres
1995 : interdiction des frais de transfert
Autorisés : lors de la clôture de la saison ou en janvier de chaque année

Saison 2009-2010
NFL
NHL
NBA
MLB
Soccer européen
Renouvellement de la convention collective
2021
2012, en lock-out
2021
2016
S.O.
Durée moyenne des contrats
4 ans pour la draft sinon 3 ans
N.D.
N.D.
N.D.
3 ans en général
Système d’agents libres
Après 4 ans
Critères d’âge et d’expéri-ence
Après 3 ou 4 ans selon les cas
Après 6 ans
NON ; libre concur-rence
Nombre de joueurs par équipe
Maximum 53
23 à 50
12 joueurs actifs
24 à 25
25 à 32 et pas de limite au niveau européen
Plafond des salaires de l’équipe
Depuis 1994
Depuis 2005
Depuis 1984
S.O.
S.O.
Type
Dur
Dur
Souple
S.O.
S.O.
En dollars US
128 millions
56,8 millions
57,7 millions
S.O.
S.O.
% des revenus
59,7 %
64 %
53 %
S.O.
60 à 70 % (2005)
Taxe sur le luxe
S.O.
S.O.
Depuis 1999
Depuis 1996
S.O.
En dollars US
S.O.
S.O.
69,9 millions
162 millions
S.O.
% du dépassement taxé
S.O.
S.O.
100 %
22,5 % pour la 1ère fois, 30 % pour la 2ème, 40 % pour la 3ème et 50% pour la 4ème
S.O.
Plancher des salaires de l’équipe
90 % du plafond
16 millions de moins que le plafond
Selon le nombre d’années d’expéri-ence
S.O.
S.O.
 

 

Références
1. Dietl, Helmut M., Duschl, Tobias, Lang, Markus, Executive Pay Regulation: What Regulators, Shareholders, and Managers Can Learn from Major Sports Leagues, Business and Politics, Vol. 13, nº 2, 2011
2. Katayamaa, Hajime, Nuchb, Hudan, A game-level analysis of salary dispersion and team performance in the national basketball association, Applied Economics, volume 43, pp, 1193–1207, 2011
3. Dietl, Helmut M., Lang, Markus, Rathke, Alexander, The combined effect of salary restrictions and revenue sharing in sports leagues, Economic Inquiry, volume 49, No 2, avril 2011, pp, 447–463
4. Simmons, Rob, Overpaid Athletes? Comparing American and European Football, The Journal of Labor and Society, volume 10, décembre 2007, pp. 457–471
5. Schoettle, Anthony, NFL's new 'salary floor' could challenge Colts, Indianapolis Business Journal, volume 32, numéro 22, 1er août 2011
6. Dietl, Helmut M., Lang , Markus, Werner, Stephan, The Effect of Luxury Taxes on Competitive Balance, Club Profits, and Social Welfare in Sports Leagues, International Journal of Sport Finance, 2010, volume 5,numéro 1, pp. 41-51